Alix Soulié

 SANYO DIGITAL CAMERA  Italie

Mardi 14 mars 2011, Firenze Italie.

Une semaine en Italie vient de passer :
– J’y suis !
– Où ?
– Où la conscience ne manque plus, il est évident que ce voyage a pour but un projet, toutefois chaque jour qui se lève est un projet que je m’efforce de mener à bien.
Cette première destination « Firenze », qui 15 jours avant de partir, venait juste de se concrétiser, se révèle être mon réel point de départ.
Le Pays, la ville, la maison où tout se pose :
– Première porte qui s’ouvre (très très forte sensation après une journée de voyage).
– Première nana qui m’attend.
– Premier lit où chaque matin je me demande : « où suis-je ? », et les sirènes très spéciales des ambulances me répondent « à Firenze !!! à Firenze !! à Firenze !!! àààà firennnnze !!! ààààààfffffffffffffffffffffi !!! »
– Première maladie, virale ou pas, qui m’a clouée à ce même lit 4 jours consécutifs.
– Premier hangar où j’ouvre ma table, et la laisse respirer.
– Premières questions, premiers constats, premiers bilans d’un an de travail pour arriver à ce point de départ.

Difficile, dans cette première semaine, de garder un regard et une constance professionnelle, surtout quand le corps parle à ce point !!! Je ne parle même pas de ce corps professionnel que j’ai très peu côtoyé ces jours-ci.
Cette semaine de fièvre virale (que je n’avais plus vécue depuis les années 2000), m’a en quelque sorte rappelé les règles du jeu. Je comprends pourquoi depuis des mois je ne trouve rien en Italie pour démarrer mon travail…
Tout est si bien fait, « La Maison Bio » de Lorenzo (comme il l’a baptisée en français), sera donc mon point de départ à tous les niveaux, un lieu pour « briser la glace » et ouvrir ma route.
Depuis la fin de la fièvre, je refais ma valise.
Pas la valise des chaussettes, du dentifrice et des adaptateurs de prise internationale, non ! – celle-ci est parfaite pour son coté pratique et pour mettre en valeur mon style « Quechua» – mais la valise des questions comme :
«Qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?»
«Qu’est-ce que tu es en train de faire ??»
Car oui ! depuis un an, la question ne s’était pas posée.
Je faisais et c’était évident.
Je suis partie fâchée* de Toulouse, et je n’ai même pas vu que je partais.
J’ai compris que j’étais partie, en raccrochant le combiné de cette cabine téléphonique du bout du quai de la gare de Milan, où une voix à l’accent italien venait de me dire:
«Ne t’inquiète pas, il y a des bus jusqu’à minuit et il y a Léah qui t’attend. En arrivant à Firenze, prend le bus 14 direction via Ripa, arrêt Uarlungo; c’est au 281, 2ème sonnette.»
Oui… je suis en route, et j’ai suivi ce chemin guidée par ces dernières instructions, sans ou presque pas d’embûche… juste une de 75€.*

– 281 / 2ème sonnette.
– Ben 2ème sur 2, quelle est la 2ème ?
Je sonne, la porte s’ouvre, à ce moment là je réalise à nouveau que je suis partie.
Une réelle, surprenante et curieuse prise de conscience !!
Depuis plus d’un an, je n’avais pas conscience que je partais plusieurs mois; 12, 10, 9, 7, ça n’avait pas d’autre sens pour moi qu’une logique technique ou stratégique, j’étais concentrée sur ce que j’avais à faire, à organiser, comme si c’était le voyage d’une autre.

Oui, je réalise que j’ai mis 7 mois de ma vie entre de belles parenthèses et que c’est quand même ma vie qui joue, mais pas que.
Du coup, alitée mais connectée à cet incroyable outil qu’est le net, cette première semaine m’a permis de mettre en place de nouveaux éléments : étapes, partenariats, plannings et autres formalités liées à mes prochaines rencontres, mais cette fois avec une autre réalité, une approche concrètement consciente.

Bien qu’internet soit mon outil principal (pour me guider, pour me loger, pour me soigner, pour les RDV, pour la totalité de l’organisation de chaque prochain jour, pour m’informer, pour le retour…), je vais très vite devoir apprendre à m’en détacher le plus possible .

«Oui, ceci est une annonce officielle.»

Il ne me reste pas plus de 4752 heures.
Mes calculs sont faits, le planning aussi !

Messages personnels :

-Je vous remercie donc, vous mes camarades d’Anomaliques, de bien vouloir comprendre et accepter nos échanges brefs, directifs, sans poésie ni chaleur, qui ne seront bien sûr que le reflet d’une action efficace.

-Pour mes amis, je sais qu’ils ne m’en veulent pas, je les ai déjà abandonnés depuis un an, sauf ceux qui ont rejoint l’équipe Anomaliques.

-Pour ma famille, rien ne change, notre mode de communication est totalement adapté, sauf peut-être ma sœur qui vient de découvrir Skype.
« Radegonde, si je suis connectée, cela ne veut pas dire que je suis à la terrasse du café derrière le faux bronze de David à Florence comme me l’a fortement conseillé Géraldine, notre secrétaire générale,* qui pense que je prends 7 mois de vacances gastronomiques.
Mais il se peut que je sois en direct avec le Pérou ou la Moldavie, alors si je ne réponds pas, merci de ne pas insister sur LE TELEPHONE VERT, mais promis, je te garde un peu de mon reste d’intimité. »

Oui ce projet est une histoire de choix, et je réserve la poésie, la chaleur et la fantaisie des belles phrases pour :

– Les relations diplomatiques internationales.
– L’écriture artistique.
– Le journal de bord.
– Et à celui qui n’a pas eu le choix.

Je ne conclurai pas cette semaine, sans parler d’ici :
Firenze, « La Maison Bio Studio » :

Lorenzo, architecte, a installé son étude dans un ancien salon de coiffure à l’avant d’une maison de ville à deux niveaux :
En bas donc, l’étude, la recherche, l’artistique, la création se côtoient et s’invitent d’entrepôts en ateliers, de hangars en cours, de courants d’air en bar à thé.
Et à l’étage il y a deux ou trois habitations, enfin je ne connais que ceux chez qui je vis, Léah et Elisiano avec leurs chambres et leurs chiens respectifs, Velco et Xila*.
Difficile de parler en deux mot de Léah, Lorenzo, Elisiano, Julian, Félix ( Mais où sont les femmes ?)… Ben il y a Léah, et aussi ma vendeuse de pain quotidien, et Martina que je viens tout juste de rencontrer…
En quelques mots ça fait cliché, qu’ils me pardonnent :
Léah bien sûr, une grande nana de 22 ans très Rock n’ Roll, qui est dans sa période Cube Tintin, elle soude des cubes qu’elle a découpés dans des vieilles tôles d’acier abandonnées au bord du fleuve, et en fait des lampes. Elle est venue à Florence pour bosser aussi dans les chevaux, son premier métier, mais ici ce travail n’est pas réservé aux femmes, donc elle soude dans l’atelier de la cour sans masque de protection (si vous en avez un en sus envoyez-le lui à la Maison bio), et nous allons marcher ensemble qu’il pleuve ou non, pour prendre l’air et dégourdir les chiens. Léah a de très grandes jambes et elles marchent très vite.
Quand elle m’a emmenée faire le tour de Firenze, pour me guider dans des endroits stratégiques pour « A Table !! », nous sommes parties à 11h de la Maison, et nous avons marché non stop jusqu’au déjeuner à 17h30, après je suis restée au lit 4 jours.
Mais Léah, c’est une nouvelle que Gavalda ne pourrait imaginer.
Lorenzo le propriétaire des lieux, attise sa créativité quotidienne, dans ce beau projet, où tous ces arts se maillent et se rencontrent, derrière des portes ouvertes.
Et comme il dit :
– C’est un duo ton spectacle.
– Ce n’est donc pas un solo ! Encore un poids qui tombe, pour ce qui est de la table, elle est toujours à 23kg .
Je vais devoir vous parler des personnes que je rencontre en une seule phrase, terrible pour eux, frustrant pour vous, mais indispensable pour moi, car là il est 6h 53 du matin et je ne dors toujours pas, enfin si c’est trop court, demandez, faites des réclamations.
Pour la semaine prochaine, il y aura sans doute des phrases sur les personnes citées plus haut, et d’ici là d’autres encore. Et voilà ! Demain, je retrouve ma table, que j’ai lâchement laissée dans le froid de ce premier hiver qui se finit ici.

 

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