Alix Soulié

 Alix-Soulie-Slovenie  Slovenie

Firenze, Italie ­­> Ljubljana, Slovénie

Lundi 21 mars 2011

Dans le train Firenze Italie ­­> Ljubljana Slovénie
Je pensais garder en mémoire les moments forts de ces 7 derniers jours, mais c’est fou, car chaque moment est incroyable, chaque contretemps, chaque incident.

Lundi dernier, le 14 mars, je cherchais à rattraper le temps pour trouver des femmes qui souhaiteraient participer à un atelier autour de ma table et du thème qui anime ce voyage (un atelier qui finalement n’aura pas eu lieu). Donc je rencontre des gens dans des lieux, au hasard des rues de Firenze, guidée par des informations puisées à droite et par là, et guidée par je ne sais quelle logique, la mienne sans aucun doute.
Derrière « la maison bio » (où j ai posé ma Table et mes sacs), une voie de chemin de fer ;
de l’autre côté, un lieu associatif, juste à côté du centre commercial où j’achète mon pain à -nous l’appellerons « Manuela »- la vendeuse de pain que je ne rencontrerais pas plus car je n’ai pas osé me présenter et l’aborder, par pudeur sûrement… Pffff… c’est fou de ne pas oser, à cause d’une normalité dans laquelle je suis encore trop formatée…
Revenons à ce lieu associatif :
Rez de chaussée : un café associatif avec expo d’arts plastiques.
1er étage : une Radio et une sorte d’école de musique me semble-t-il.
En bas, derrière le bar du café, Antonio ; devant le comptoir, Martina son amoureuse (simple déduction).
Seuls dans ce lieu de passage, nous prenons un café avec Martina car elle est intriguée par ma demande.
Nous communiquons dans un mélange de français-italien-espagnol ; elle a vécu à Barcelone et est de retour à Firenze pour son école d’ Art, elle est actuellement en train de faire une thèse sur les carnets de voyages.
Je lui ai promis de faire traduire le mien en anglais pour qu’elle puisse le suivre.
Donc s’il y a des volontaires une fois par semaine, c’est ma parole qui est en jeu (mais à vrai dire cette traduction serait indispensable pour toutes les personnes que je suis amenée à rencontrer).

Je voudrais vous décrire Martina, Léah et toutes les autres femmes à venir sur ma route, vous dire comme elles sont belles, brutes, émouvantes, vraies ; mais aussi certaines pas bien jolies à l’intérieur, (oui il y en a, les hommes en savent sûrement plus que nous, des femmes sûrement à l’origine de leur misogynie) mais je ne m’y arrêterai pas.

C’est incroyable comme je suis conditionnée, mes antennes sont sorties, je suis totalement focalisée sur les femmes, c’en est gênant parfois, elles doivent s’interroger. En Italie, ils disent qu’ils ont les plus belles …

Mercredi,

je retrouve l’énergie de retourner à ma Table, mais les oreilles encore bouchées par le souvenir de cette grippe me gênent pour trouver mon équilibre sur la Table comme sur mes pieds et je n’entends pas la fin des mots.
Je veux aller jouer dans les rues de Firenze, je ne me sens pas prête, et sans avoir vraiment fait un réel repérage…

Nous irons avec Léah regarder les gens sur la place du Dôme le soir de la commémoration des 150 ans de l’Italie. En marchant le long de l’Arno, nous sommes surprises par l’eau qui bouillonne suite aux pluies incessantes de ces quinze derniers jours. Et tous ces gens qui marchent sans savoir où aller, perdus dans cette ville où les grands bâtiments ont été illuminés aux couleurs de l’Italie. Nous passons voir Félix qui travaille jusqu’à minuit dans une des seules boutiques ouvertes en ce jour férié. Il est vendeur et maquilleur dans une boutique spécialisée, un tout petit bout d’homme, délicat et attentionné, dans un monde de femmes où il est une exception en Italie.
Félix est l’ami de longue date de Léah, il vit à Firenze tout près de son amour qui étudie la médecine.
Il vit ici depuis bientôt 7 ans, lui qui n’en n’a que 22 ; c’est un vrai petit italien, qui rêve la nuit que l’Italie se détache de l’Europe suite à un séisme et dérive vers le Groenland. Quelle coïncidence !
Il nous rejoindra sur une place vers minuit après son boulot, et nous finirons ensemble la visite de Firenze de nuit jusqu’à chez lui avant de rentrer à « la maison Bio » en Golf Cabriolet noire dans une conduite nerveuse mais sûre.
Une belle personne encore, comment vais-je revenir après toutes ces rencontres ? Lorenzo dit que j’aurai un cœur de pierre pour pouvoir supporter tous ces « au revoir ».

Jeudi, vendredi,

je prépare la suite : Internet, la Table (ça revient, j’ai vraiment envie d’aller jouer dans la rue).
Je travaille sur la terrasse du toit de la maison bio, mais comment aller en ville avec ma table dans un seul sac (30kg).
Puis, je réalise dans mon brouillard que lundi n’est pas le 20 mais le 21, donc croyant que je partais lundi, je me vois finalement partir dimanche. Et pour finir, en raison de ce W-E de fête nationale, les trains sont pleins, comme me le fait comprendre le guichetier fort désagréable de la gare à qui j’achète donc un billet pour lundi 21…
-Vous suivez ???…. moi oui, c’est le principal !!
Je pars donc dans les rues de Firenze dimanche avec mes 30kg sur le dos, sans vraiment savoir où je vais poser ma table : le sol est tout tordu, des gros pavés fendus, les places sont penchées et dépourvues de murs, mes pieds sont détraqués… Pff….
– Ha !!! Là, c’est pas mal du tout !
Mais la police est là, plantée, deux policiers trop excessivement beaux, comme sortis d’un casting de cinéma, m’expliquent que sans autorisation c’est « non » ( à peine crédibles, les minets).
-OK ! Tant pis pour vous, bye !
Je m’éloigne du coin touristique mais le vent se lève ; il y a pourtant de belles places sur le chemin de la maison où je rentre épuisée, les genoux dans les chevilles, mais sur la route j’ai repéré une petite place isolée du vent, avec une grosse femme en bronze.
Demain je reviendrai avec qui veut et je monterai ici ma table avant de prendre mon train.
Eh bien tenez vous bien !!!!
On est revenus avec Lorenzo et Julian, son petit stagiaire espagnol, et j’ai monté ma table à coté de la grosse femme !!
Ensuite Léah et son amie nous ont rejoints pour les adieux, avant que je file à la gare.

Qu’est-ce que je dis ?
Qu’est-ce que je garde ?
Est-ce que mes présentations sont claires ?
Est-ce que je ne devrais pas vous décrire un peu plus de chacun et chacune, leur âge, leur regard, leur sourire, leurs mots ?
Et bien OK, je commencerai plus bas avec Nora.

Fin de Firenze :

Bye Bye Léah, la magie du net nous garde reliées.
Je vais donc quitter l’Italie sans avoir revu Baptiste, qui vit ici depuis peu et que je n’avais pas revu depuis plus d’un an sur la Tour Eiffel. Nous avions peut être convenu d’un RDV, mais les choses étant ce qu’elles sont, nous nous reverrons, quand nos chemins auront pris le même billet.
– Batio, j’aurais voulu vous donner la mienne, mais j’emporte avec moi un peu de cette force que vous avez, ta douce et toi, dans ce fragile morceau de vie que vous partagez avec Yogo. A la revoyure, camarade des grands chemins !

Je ne sais pas si vous suivez, mais promis, je vais tout faire pour me discipliner et écrire tous les jours afin d’être plus dans la chronologie des faits.
Firenze, 4 ou 5 gares, mon train m’attend dans l’une d’entre elles, la plus difficile à localiser bien sûr.
18h10 nous y sommes, Lorenzo et Julian me posent sur une table au fond du petit café de cette gare, je crois qu’ils ont du mal à imaginer que je vais me porter tous ces kilos (au total 56) durant 7 mois.
Euh… moi aussi !!! Ce que je vais faire, c’est déjà éviter de dépasser mon propre poids. Pour le moment on est OK, mais le genou gauche clignote…

Gare de Firenze, alignement de petites tables carrées, serrées dans un café tout en long, un sac sur chaque chaise.
Une toute petite dame à la discrétion incroyablement charismatique s’est installée prés de ma table, le temps que je salue les garçons.
D’un sourire, je lui abandonne mes bagages pour allez commander un café.
C’est évident pour moi -bien qu’il y ait plus de 8 trains en partance dans la prochaine ½ heure- que nous allons voyager ensemble.
Je ne sais si c’est l’émotion de quitter ces « nouveaux amis de quelques jours », mais dès l’instant incroyable de notre rencontre, je ne voulais déjà plus la quitter. Son merveilleux visage fin que les rides habillent de bontés généreuses et curieuses, ses cheveux gris coiffés en chignon relevé mais pas tiré, Nora m’emporte immédiatement avec elle. Une petite veste, un petit sac pour voyage court, et ce tout petit col de dentelle en coton qui orne le haut d’une chemisette me transportent dans les contes de mon enfance ; nous avons échangé dans un italien hispanique pour ma part, jusqu’à l’instant où elle m’a dit, après que j’eus laissé échapper quelques mots dans ma langue :
– Tu parles français !!
– Ben oui ?? Je suis française !!
– Quelle est la langue que tu as utilisé juste avant ?
– Euh… l’espagnol… !!
– Ah… je ne connais pas…
– Et vous, pourquoi parlez-vous si bien le français ?
– Ben à l’école j’ai appris…
Avec Nora, nous prenons le train de Venise, mais elle descendra chez elle à Bologne, fatiguée tout de même de son escapade à Firenze.
Au départ de Firenze, le temps de stocker mes bagages dans mon wagon attribué, j’ai cru l’avoir perdue dans ce train bondé, elle s’était installée dans un compartiment et m’attendait, nous avons parlée en français sans tabou, c’était magique , quelle sérénité !!!
Quand je serai grande, je serai Nora !! D’ici là, j’ai encore 46 ans à parcourir, et si je ne veux pas être toute cassée mais être en pleine forme comme elle, je vais devoir penser à éliminer au moins 10kg de mes bagages.

Ancienne professeur de musique dans les collèges, Nora est une surfeuse aguerrie et émerveillée qui utilise le net avant tout pour communiquer avec ses filles qui sont aux deux coins du monde.
Je voulais encore parler avec Nora…
A très vite Nora…

Venise 21h16 : changement de train (facile) à 21h38 pour Ljubljana
Ljubljana : 1h 48 du mat, ici pas de téléphone à pièces, difficile de retrouver Anaïs et Guillaume :
– “Plies you have the phone for me? Because not phone Monet!!!”
Je les retrouve donc enfin dans cette gare sans logique architecturale.

Mardi 22 mars :

Nous parlons jusqu’à 4h du matin avec Anaïs et Guillaume qui sont mes premiers « Couch Surfeurs » (une grande famille à travers le monde qui a toujours un canapé pour les cousins voyageurs), deux petits français qui viennent de s’installer en Slovénie après avoir parcouru plusieurs pays d’Europe.
Anaïs est professeur de piano, ici elle dispense les cours en anglais, nous n’avons pas eu le temps de nous rencontrer vraiment. Il faut dire que ce matin est rythmé par des petits stress en tous genres, mais nous prévoyons de nous revoir à Zagreb.
Nous avons quand même eu le temps de faire un tour à Ljubljana avec Anaïs avant de prendre mon train pour Celje où Marjia m’attend à 19h.
Je ne connais pas la Suisse, mais ça y ressemble : très propre, très maison de poupée, avec quand même de larges avenues longées par des bâtiments d’architecture bien massive, avec vue sur les neiges de cartes postales, des arbres partout, on rencontre tout au long de la promenade touristique de cette petite ville des sculptures de bronzes hors du commun : la maquette de la ville avec son château, des têtes de poissons morts sur la murette d’un pont avec des galets, toujours en bronze, sur lesquels sont gravés des visages, peut-être des personnes de l’Histoire.
Cette ville semble être la ville des Bisounours, tu peux poser sur un banc ton portefeuille ouvert avec des billets visibles, tu reviens une heure après il est toujours là, ici pas de police, j’ai croisé 2 vieux clochards très dignes et presque invisibles.
Ici pas d’africains ni du nord ni du sud, pas d’asiatiques, juste un indien d’Amérique et sa guitare, pas de roms non plus, surtout pas de roms…
Au carnaval, les enfants ici se déguisent en cowboys et en roms et sur le défilé ils se tirent dessus avec des armes fictives.

Ce matin notre adresse e-mail a été piratée et volée pour demander aux personnes du carnet d’adresse de l’argent afin de régler un problème qui serait survenu au Mali ( …), et comme il a modifié le mot de passe je n’arrive plus a la récupérer, je suis donc privée de mes contacts et il m’est impossible de répondre à mes mails en attente.
Je crois que j’ai trouvé ce que j’allais abandonner en cours de route…
Je vais aussi revoir mon stock de vêtements, mon écharpe de soie, mon bonnet et un jour de change suffiront.

Et utiliser la technique du supermarché :
Quand j’arrive en caisse, je me demande toujours, article par article :
– Est-ce que j’en ai vraiment besoin de ça ???
(Oui c’est moi qui remplit le panier que les hôtesses doivent remettre en rayon.)
Bon ben là je vais aussi faire un tri.
A présent Marija m’accueille dans les montagnes à coté de Celje, au Nord de Ljubljana en Slovénie pour 4 jours.
Nous communiquons en Anglais, c’est très drôle déjà, je la comprends, mais elle …
Je vous abandonne dans les montagnes de la Slovénie où le soleil m’attendait.

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