Alix Soulié

 Alix-Soulie-Espagne  Espagne

Mercredi 7 Septembre 2011 Madrid

6h : Atterrissage à Madrid, on me propose un formulaire d’immigration : « Non merci je suis européenne ! »

Européenne, je l’ai dit tout naturellement.

6h15 : Où sont mes sacs ? L’aéroport est désert, à qui demander ? Au fond à gauche me dit-on, mes bagages ont été embarqués, il faut attendre.

J’en profite pour changer mes liasses de billets du monde que je me traîne depuis des mois. Quelle bonne surprise ! Ici pas de commission et le chiffre est impeccablement rond ! La caissière en est elle-même surprise. 100 euros, toujours ça de gagné enfin pas de perdu, surtout que je n’avais pas idée de la valeur accumulée en papiers de couleurs. Je pourrai manger cette semaine.

7h30 : Mes sacs ne sont pas perdus, ils sont bien là, ils m’attendent.

8h30 : Ça y est j’ai trouvé comment aller à Alcala. Métro, Bus. Téléphone qui me bouffe 5euros et qui ne marche pas. Un homme qui me voit taper sur la cabine me prête son portable et je peux enfin rejoindre Fatima à la boutique où elle travaille.

Fatima : une toute petite menue minette uruguayenne aux cheveux longs et bien bouclés.

10h : Elle ferme la boutique et m’accompagne chez elle juste à coté, me couche et repart travailler.

14h : Fin de ma nuit de rattrapage. Fatima est de retour avec un ami pour déjeuner.

16h : Café wifi pour organiser mon séjour en prison.

21h : Fin de service pour Fatima, on se retrouve à la maison pour notre soirée rencontre.

Jeudi 8 Septembre 2011 Alcala :

10h : Réveil petit-déjeuner avec mon hôte qui part travailler, organisation de mon espace pour la semaine ménage, ça fait du bien ! Linge…

12h : Café wifi : L’organisation en prison se précise.

14h : Besoin de marcher. Sous le soleil de cette jolie ville médiévale, 43°C. Coucou à Fatima dans sa minuscule boutique d’accessoires et de vêtements féminins sous les cornières de la rue principale.

23h : Au lit.

Vendredi 9 septembre 2011 :

2h : Réveil, impossible de dormir, j’ai peur ou j’ai le trac ou bien c’est le décalage horaire ou bien c’est le tout ??? Oui, dans quelques heures c’est mon premier jour en prison.

7h : Je me rendors enfin.

8h : Fatima me réveille, autant dire que je n’ai pas dormi.

9h30 : Enfin un bus !! Il me dépose à 2km de l’entrée de la prison avec ma table sur roulettes, la route désertique, le soleil de plomb, il tape déjà bien fort.

10h : Paperasses et formalités pour entrer. Sarah la sous-directrice m’attend pour me présenter au groupe de filles et aux éducatrices.

A l’intérieur c’est très cosy pour une prison, un groupement de bâtiments en brique rouge avec des arbres, des pelouses et des jardins, ça ressemble à un lycée professionnel agricole. On me dit que le cadre est exceptionnel pour une prison car nulle part ailleurs on ne voit un lieu si convivial, autrefois c’était un centre de rétention pour jeunes délinquants avant d’être la prison pour femmes de Madrid.

11h : Début de l’atelier, 14 filles, grosses tensions dans le groupe qui souhaite qu’une d’entre elles n’en fasse pas partie.

13h : Je mets un terme à l’atelier, Nieve vient s’excuser au nom de toutes les filles et me dit que demain tout se passera bien et je vois bien qu’elles craignent que je ne revienne pas.

13h15 : Je sors, une Française bénévole depuis plus de 20 ans en prison espagnole m’accompagne en voiture jusqu’à l’arrêt de bus.

14h30 : Je m’endors assise sur mon lit avec mon assiette de salade et me réveille deux heures plus tard dans la même position à cause d’une légère douleur d’inconfortabilité dans le dos.

17h : Café wifi : Blog avec Radegonde.

21H : Coucou sourire avec Raphaël impatient de me rejoindre.

22h : Au lit avec les moustiques.

Samedi 10 septembre 2011

8h : Dur le réveil ! Loin d’être remise du décalage horaire.

9h : Une heure d’attente pour le bus, c’est samedi, il y a moins de bus et nous sommes nombreux à cheminer dans le désert car c’est la journée des visites.

11h : Les filles ont sorti la fille qui leur posait problème. Laura ma traductrice, une jeune détenue de 20 ans a son premier rendez-vous téléphonique avec sa maman, elle est secouée c’est son premier contact depuis son incarcération il y a une semaine. Elle semble brillante, elle est là pour une durée indéterminée encore, là pour un accident de la vie comme beaucoup d’entre elles.

Les filles quittent l’atelier au compte-gouttes pour leur visite hebdomadaire, beaucoup d’émotions aujourd’hui, mais le groupe a bien démarré pour les prochains jours, elles ont envie !

13 h : Fin de l’atelier pas besoin de plus.

Je sors.

Traversée du désert (les deux kilomètres) le temps de réaliser d’où je viens.

A l’arrêt de bus on est un petit groupe à attendre sous le soleil, il y a une heure d’attente pour le prochain bus alors je décide de tenter le stop. Une voiture s’arrête, j’invite le papa avec les fillettes de 3 et 4 ans à prendre cette voiture, c’est inhumain de faire attendre une famille en plein soleil sans banc et sans arbres. Je prendrai la voiture suivante.

14h : Salade avec Fatima

16h : Écriture

21h : J’attends Fati au café après son boulot, elle ne viendra pas, nous ne nous sommes pas comprises sur le café en question, elle m’attendait ailleurs, après deux demis je rentre.

22h : Un peu de couture et au lit.

Dimanche 11 septembre 2011

9h : Dur le réveil.

10h : Café d’Ana, une colombienne à coté du terminal de bus ; il y a une heure d’attente pour le prochain bus, encore moins de bus que la veille c’est l’occasion pour une belle rencontre, je parle décidément mieux l’espagnol d’Amérique Latine.

11h30 : Atelier : Les filles se livrent sans question de ma part. Laura a mal dormi après l’entretien avec sa mère.

13h : Fin d’atelier.

13h30 : Attente du bus sous le soleil, le stop ne fonctionne pas, on est plus d’une dizaine à attendre, c’est aussi « jour de visite ».

15h : Déjeuner à la maison avec Fatima et sa maman Monique qui la remplace en boutique pour son jour de repos.

17h : Blog avec Raphaël.

20h : Je retrouve Fati à la maison qui devait réviser son code de la route mais qui n’a pas pu, secouée par un mail. Ah, ces vieux qui bouleversent les petites jeunes femmes). Fati a 27 ans. Je me surprends à lui parler en français tant je me sens à l’aise dans nos échanges, elle me sourit et me dit qu’elle comprend un peu mais pas tout… Allez, au lit !

Lundi 12 septembre 2011 Alcala

10h : Lever avec Fati qui est en retard pour bosser.

11h : Achat du billet de train pour Madrid → Valladolid.

Marche dans Alcala.

15h : Le bus (pour une fois à l’heure).

16h30 : Prison. Le grand et beau théâtre que nous avions n’est pas disponible aujourd’hui, il y a une conférence. Nous finissons avec très peu de filles car c’est l’heure de la sieste, dans une salle d’atelier manuel poussiéreux et impraticable, nous ne nous roulerons pas par terre aujourd’hui.

Assises sur les tables pour une discussion. Lisbehet, belle mexicaine, commence à chanter, nous sommes toutes bouche bée face à sa voix envoûtante, et inspire certaines qui se mettent à chanter ; nous en restons sur ce moment de pure liberté pour aujourd’hui.

18h : Bus

19h : Maison, sieste

21h : Dernière soirée avec Fati, une « bière tapas » en terrasse.

Mardi 13 septembre 2011 jour de départ, très chrono.

8h : Lever.

9h : Bus.

10 : Prison : Atelier, préparation de la présentation.

11h30 : Derniers petits conseils, fin des répétitions. La salle se remplit, les femmes détenues qui le souhaitent peuvent assister à la représentation.

11h45 : Je présente ma première forme, devant un public sans retenue ( nouvelles sensations pour moi). Les filles enchaînent avec des petits tableaux sur un desquels Lisbhet chantera une de ses chansons et prendra aux tripes toutes ces femmes assoiffées de liberté. Ici personne ne soupçonnait son talent.

12h30 : La salle s’est vidée, quelques discussions d’adieu fusent en aparté, certaines se livrent. Salut les filles, je repars avec mon bazar.

13h : Je monte dans le bus en boitant, je viens de me prendre le talon dans le chariot de ma table au cour de la traversée du désert…

14h : Déjeuner avec Fati.

15h : Sieste, sacs, et un peu de courage pour me rapprocher de la France.

18h : Rendez-vous chez le tatoueur… Les filles m’ont briefée sur les prix raisonnables de cette fantaisie de fin de parcours.

18h30 : Train Alcala → Madrid.

19h50 : Je me traîne dans la gare, le talon meurtri, personne ne me donne la bonne direction, je loupe mon train, ça sera pour le prochain.

22h30 : Valladolid : je sors mes bagages un à un sur le quai, une grande silhouette connue se met dans le cadre de la porte. Mon cœur est de pierre, ma tête encore en prison, mon corps épuisé, je m’effondre.

Raphaël m’attendait là depuis un moment. Arrivé de France après 6 heures de route.

23h : On prend la route direction → Portugal. Pause café. Je prends le volant, ah ! Quel plaisir ! Je roule jusqu’à épuisement avec une pause toutes les heures, je ne parle pas, je l’écoute. Il est drôle comme guide touristique. La frontière est passée, je me gare épuisée, sur un parking de supermarché, pour la nuit, Raphaël lui non plus n’a plus la force de conduire, fin de service. La France est là par procuration c’est étrange.

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